Vous bavez sur votre oreiller lorsque vous dormez ? Voici les raisons et comment arrêter

Quand on pense aux petits désagréments du sommeil, on pense d’abord souvent aux ronflements, aux cauchemars ou à l’apnée du sommeil. Mais un autre phénomène, tout aussi fréquent et pourtant beaucoup moins évoqué, touche aussi de nombreux dormeurs : la salivation nocturne. En d’autres termes, retrouver régulièrement son oreiller taché de bave.

A priori embarrassante, cette habitude est en réalité bien plus commune qu’on ne le pense, assure auprès du New York Times le Dr Emily Boss, directrice du service d’oto-rhino-laryngologie pédiatrique de Johns Hopkins Medicine. Et pour cause : nous autres, adultes, sécrétons quotidiennement beaucoup de salive : entre 0,5 et 1,5 litre par jour. Produite par les glandes salivaires, la salive est composée à 99 % d’eau, contient aussi des protéines et des sels minéraux, indispensables à l’hygiène buccale, à la gustation et à la digestion.

Pour éviter qu’elle ne stagne dans notre bouche ou, pire, qu’elle s’en échappe quand nous parlons ou que nous respirons, nous devons donc déglutir. Interrogé par Allô Docteurs, le Dr Jaques Majer, ORL et chirurgien cervico-facial, rappelle que nous déglutissons en moyenne 1 200 à 2000 fois par jour.

 

Baver la nuit, une prédisposition courante

Mais la nuit, lorsque nous dormons, non seulement nous déglutissons moins, mais nous avons aussi un contrôle moins conscient des muscles de la bouche. Résultat : la salive s’accumule dans la paroi buccale, ce qui augmente le risque de tacher son oreiller de bave.

Cette salivation nocturne excessive est aussi amplifiée par plusieurs paramètres. Et en premier lieu par le fait de respirer par la bouche. Ainsi, lorsqu’on est enrhumé, qu’on souffre d’une allergie ou d’une déviation nasale, le risque de baver sur son oreiller est plus important. Dormir sur le côté ou sur le ventre, ou encore s’assoupir en position assise, par exemple en voiture ou dans le train, accroît aussi le risque, ajoute auprès du New York Times le Dr Christine Won, directrice médicale des Centres de médecine du sommeil de Yale.

Certains aliments peuvent aussi augmenter la production de salive. C’est le cas des agrumes, du chocolat, ou encore du fromage. Enfin, les femmes enceintes ou celles touchées par un reflux gastro-œsophagien peuvent elles aussi être gênées par une hypersalivation, qui amplifie le risque de baver la nuit.

 

Comment éviter de baver en dormant ?

Baver la nuit n’est heureusement pas une fatalité. Le premier conseil donné par les professionnels est de privilégier le couchage sur le dos, et d’opter pour un oreiller ergonomique, qui soutient bien la tête et le cou.

Avant d’aller au lit, éviter de consommer des aliments gras, épicés ou acides est aussi recommandé, car ces derniers favorisent les reflux, et donc la salivation. Le Dr Majer conseiller lui de « bien s’hydrater parce que le fait de s’hydrater va permettre de déglutir, de fluidifier la salive et de faire en sorte que vous avaliez mieux ».

Il faut aussi se méfier des gouttières indiquées pour l’alignement des dents ou des autres dispositifs utilisés pendant la nuit, par exemple contre le bruxisme : eux aussi augmentent la production de salive.

Le Dr Majer cite aussi « des exercices que vous pouvez faire chez l’orthophoniste ou du neurofeedback, comme coller des post-it à la maison et à chaque fois que vous voyez le post-it vous forcer à déglutir, ce qui va vous auto rééduquer ». Enfin, en cas de nez bouché, se rappeler de décongestionner les voies nasales, par exemple avec un nettoyage au sérum physiologique peut vraiment faire la différence.

À partir de quand consulter ?

Si dans la majorité des cas, baver en dormant est donc parfaitement bénin, cette disposition peut aussi impacter la qualité du sommeil, et donc être gênante. Dans ce cas, tous les spécialistes donnent un même conseil : en parler à son médecin.

Ce dernier pourra investiguer sur les causes de cette hypersalivation et éventuellement prescrire un traitement adapté : des gouttes d’atropine à mettre sous la langue pour diminuer les sécrétions, des injections de toxine botulique dans les glandes salivaires ou, si cette hypersalivation s’accompagne de troubles du sommeil, un appareil à pression positive continue (PPC). Recommandée en cas d’apnée du sommeil, cette petite machine portative délivre de l’air sous légère pression, ce qui permet de maintenir les voies aériennes supérieures ouvertes.

Enfin, seul un médecin pourra écarter la piste d’une pathologie sous-jacente. Certaines maladies neurodégénératives, comme Parkinson ou la maladie de Charcot, peuvent en effet provoquer une hypersalivation, ainsi que des troubles de la déglutition.

 

Article de Charlotte Arce / Huffpost

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