« Vous appelez à la paix dans vos discours, vous appelez à la rébellion dans vos actes », Vital Kamerhe interpelle Joseph Kabila

La création du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par l’ancien président Joseph Kabila et annoncé le 12 octobre 2026 à Goma, suscite de vives réactions sur la scène politique congolaise. Vital Kamerhe dénonce une contradiction entre les appels à la paix de son ancien allié et la mise en place d’une nouvelle plateforme politico-militaire associée à l’AFC/M23. Il appelle les Congolais à rejeter la rébellion comme moyen d’accès au pouvoir.

La création du Front pour la refondation de la nation (FRN) continue de provoquer des réactions au sein de la classe politique en République démocratique du Congo (RDC). Mercredi 14 octobre 2026, Vital Kamerhe a vivement critiqué l’initiative portée par l’ancien président Joseph Kabila, estimant qu’elle contraste avec les appels à la paix formulés quelques jours plus tôt par ce dernier.

Dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux, le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) a directement interpellé l’ancien chef de l’État, dénonçant ce qu’il considère comme une contradiction entre son discours politique et ses actes.

« Vous appelez à la paix dans vos discours, vous appelez à la rébellion dans vos actes. Le peuple vous jugera sur vos actes », a déclaré Vital Kamerhe, selon les informations rapportées par Actualite.cd, Radio Okapi et MediaCongo.

Le FRN au cœur de la controverse politique

L’annonce de la création du FRN a été faite le lundi 12 octobre à Goma, dans l’est de la RDC, une ville contrôlée par la coalition AFC/M23. Joseph Kabila en a pris la direction, tandis que Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, figures de l’ancienne coalition, occupent des fonctions de vice-présidents au sein de la nouvelle structure.

Présenté comme un mouvement politico-militaire, le FRN s’inscrit dans une dynamique de contestation du pouvoir de Félix Tshisekedi et succède à l’ancienne coalition AFC/M23, selon les informations communiquées lors de son lancement. Cette nouvelle configuration intervient alors que les violences armées continuent de fragiliser la situation sécuritaire dans l’est du pays. (Radio Okapi)

Pour Vital Kamerhe, cette initiative soulève une question fondamentale sur la cohérence du positionnement de Joseph Kabila. L’ancien président avait, dans son discours du 9 octobre, notamment évoqué la paix et la nécessité d’une solution politique à la crise congolaise. Trois jours plus tard, l’annonce du FRN est venue raviver les interrogations sur la voie choisie pour contester les institutions en place.

Kamerhe remet en question le bilan de l’ancien président

Au-delà de la création du FRN, Vital Kamerhe estime que Joseph Kabila ne peut se dédouaner de ses responsabilités dans la situation actuelle du pays en critiquant son successeur.

« On n’efface pas son propre bilan en accusant son successeur », a-t-il affirmé, appelant les responsables politiques congolais à assumer leur part de responsabilité dans l’histoire du pays.

Cette sortie traduit également une opposition ferme à toute démarche susceptible de faire du recours aux armes un instrument de conquête du pouvoir. Pour le dirigeant de l’UNC, les ambitions politiques ne sauraient justifier une nouvelle aventure armée dans un pays déjà éprouvé par des décennies de conflits.

Il a notamment rappelé les conséquences humaines des violences, marquées par les déplacements de populations, les interruptions de la scolarité des enfants et les violences subies par les femmes. Selon lui, les rébellions successives n’ont pas permis d’apporter durablement aux Congolais la sécurité, la justice et la prospérité auxquelles ils aspirent. (Radio Okapi)

« Nous devons tous rejeter la rébellion comme mode d’accès au pouvoir »

Dans son intervention, Vital Kamerhe a élargi son message à l’ensemble de la classe politique et à la population congolaise. Il appelle à rompre avec le cycle des rébellions suivies de négociations, qu’il considère comme un obstacle à l’instauration d’une paix durable.

« Nous devons tous rejeter la rébellion comme mode d’accès au pouvoir », a-t-il insisté.

L’ancien président de l’Assemblée nationale plaide ainsi pour une résolution pacifique des différends politiques et sécuritaires. Il s’interroge sur la nécessité de prendre les armes pour finir autour d’une table de négociation, alors que le dialogue pourrait, selon lui, permettre d’éviter des pertes en vies humaines.

À travers cet appel, Vital Kamerhe exhorte les responsables des mouvements armés à renoncer à la lutte armée et à privilégier la voie du dialogue. Il estime que les divergences politiques ne doivent pas servir de justification à la violence contre le pays.

Un soutien réaffirmé à Félix Tshisekedi

Dans le même message, Vital Kamerhe a réaffirmé son soutien au président Félix Tshisekedi, son allié politique. Il a appelé les Congolais à se mobiliser pacifiquement autour de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et du respect de l’ordre constitutionnel.

Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions politiques accrues, alors que la création du FRN relance le débat sur les mécanismes de sortie de crise dans l’est de la RDC.

La nouvelle initiative de Joseph Kabila soulève également des interrogations quant à l’avenir des efforts de paix en cours, notamment les négociations engagées à Doha entre le gouvernement congolais et les représentants de l’AFC/M23.

Vers une nouvelle phase de tensions politiques ?

La réaction de Vital Kamerhe illustre les profondes divisions que suscite la création du FRN au sein de la classe politique congolaise. En dénonçant la contradiction qu’il perçoit entre les appels à la paix de Joseph Kabila et son engagement dans une structure politico-militaire, il place la question du recours aux armes au centre du débat national.

Reste à savoir comment cette nouvelle configuration politique influencera les efforts diplomatiques et les perspectives de règlement de la crise sécuritaire dans l’est du pays.

Pour Vital Kamerhe, la priorité demeure claire : mettre fin au cycle des rébellions et des négociations successives, afin de permettre à la RDC de consolider ses institutions et de construire une paix durable.

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