Franck Lassan, la voix derrière « Laisser tomber » (Groupe Salongo), un pan méconnu de la musique congolaise
La voix de velours qui accompagnait les soirées du Groupe Salongo
Les amoureux du cinéma et du théâtre congolais se souviennent certainement du générique qui clôturait les émissions du Groupe Salongo, célèbre troupe théâtrale congolaise fondée en 1975 par le réalisateur Tshitenge Nsana.
Diffusé traditionnellement le jeudi à 22 heures sur la RTNC (Radio-Télévision nationale congolaise), le programme constituait, à l’époque, un véritable rendez-vous familial. À la fin de chaque émission résonnait une chanson devenue familière à plusieurs générations de téléspectateurs : « Laisser tomber ».
Beaucoup connaissaient la mélodie. Beaucoup reconnaissaient cette voix chaleureuse et mélodieuse. Mais peu savaient qui se cachait derrière cette chanson.
Son nom : Franck Lassan.
De son vrai nom Fariala wa Niembo, Franck Lassan appartient à cette génération de musiciens congolais qui ont contribué à façonner la grande tradition romantique de la musique congolaise.
Franck Lassan, une voix singulière
Né en 1934 au Congo belge, Franck Lassan, également présenté dans certaines sources sous le nom de Jean-Marie Asumani, adopte en 1971 le nom d’authenticité de Fariala wa Niembo, dans le contexte de la politique d’authenticité alors en vigueur au Zaïre.
Chanteur à la voix de velours, il se distingue par une interprétation particulièrement expressive. Avec Raphaël Kabangu, il est associé à cette école de musiciens congolais pour lesquels la mélodie, le romantisme et la qualité du texte occupaient une place centrale.
Son univers musical se nourrit de plusieurs influences et s’exprime dans différentes langues, notamment le lingala, le français et le kiswahili.
Une carrière forgée dans plusieurs orchestres
Avant d’entreprendre une carrière solo, Franck Lassan évolue au sein de plusieurs formations musicales qui ont marqué la scène congolaise.
Son passage chez les Beguen Band et Kin Cassonade, notamment entre 1958 et 1962, contribue à asseoir sa réputation de chanteur à la voix reconnaissable.
Mais c’est également au sein du Rumbanella Band que son parcours prend une dimension particulière. Cette formation, dont le Brazzavillois Liberlin de Shoriba Diop est présenté comme l’un des cofondateurs et percussionnistes dès 1954, développe un style dans lequel l’élément mélodique occupe une place prépondérante.
Franck Lassan y signe ou interprète plusieurs titres qui témoignent de cette recherche mélodique, parmi lesquels « Djeke Djeke », « Rumbanella Band », « Marie José », « Nicoa Lako » et « Falanga ya nzembo ».
Le romantisme comme signature
Le romantisme constitue l’une des marques de fabrique de Franck Lassan.
Son répertoire comprend notamment « Train local », « Maladie d’amour », « Tango tropical », « Mère Gaby » et « Manolita Linda ». Dans certaines de ses œuvres, l’organiste belge Pilaeis apporte également sa contribution, participant à cette couleur musicale qui caractérise une partie de la production du chanteur.
À travers ses chansons, Franck Lassan privilégie la mélodie et l’expression sentimentale. Sa voix, souple et chaleureuse, lui permet de naviguer entre plusieurs registres et plusieurs langues, tout en conservant cette identité romantique qui lui est propre.
« Laisser tomber », le retour d’une voix
Après plusieurs années d’activité musicale, Franck Lassan se fait progressivement plus discret et cesse même de chanter pendant un certain temps.
Mais quelques années avant sa disparition, il revient sur le devant de la scène musicale congolaise avec un nouvel album qui revisite certains de ses anciens succès tout en proposant de nouvelles compositions.
Parmi ces nouveaux titres figure « Laisser tomber », la chanson qui connaîtra une destinée particulière grâce à sa diffusion dans les programmes de la radio et de la télévision congolaises.
Le titre « Génération ya sika », ainsi que « Sarakoulé », figurent également parmi les chansons de cette période.
La diffusion régulière de « Laisser tomber » comme générique associé au Groupe Salongo contribue alors à faire redécouvrir Franck Lassan à un public qui ne connaissait pas nécessairement toute l’étendue de son parcours musical.
Une disparition en 1987
Franck Lassan s’éteint en 1987, à l’âge de 53 ans.
Sa disparition intervient alors que la musique congolaise connaît de profondes mutations et que de nouvelles générations d’artistes prennent progressivement le relais des pionniers de la rumba et de la chanson congolaise moderne.
Pourtant, son empreinte demeure.
Des décennies plus tard, le nom de Franck Lassan reste attaché à une certaine conception de la chanson congolaise : celle où la voix, la mélodie et le sentiment occupent une place essentielle.
Et pour de nombreux téléspectateurs ayant grandi devant les programmes du Groupe Salongo, il suffit parfois de quelques notes de « Laisser tomber » pour faire remonter les souvenirs des soirées télévisées d’une autre époque.
Franck Lassan, au-delà du générique
Réduire Franck Lassan au seul générique de « Laisser tomber » serait toutefois oublier une carrière commencée plusieurs décennies auparavant.
De Rumbanella Band aux Beguen Band et Kin Cassonade, puis dans son parcours solo, le chanteur aura traversé plusieurs périodes de l’histoire musicale congolaise.
Son répertoire, marqué par le romantisme et interprété en plusieurs langues, constitue ainsi une pièce du vaste patrimoine de la chanson congolaise.
Franck Lassan « Fariala wa Niembo » demeure surtout la voix d’une génération qui savait transformer la mélodie en émotion.

