Six mois de prison requis contre la chroniqueuse Virginie Manganga dans l’affaire Fally Ipupa

Le ministère public a requis six mois de servitude pénale principale contre Virginie Manganga, chroniqueuse à Antenne A, dans l’affaire qui l’oppose à l’artiste musicien congolais Fally Ipupa. Les réquisitions ont été présentées mercredi 21 octobre 2026 devant le Tribunal de paix de Kinshasa/Gombe, siégeant à la prison centrale de Makala.

Poursuivie à la suite de propos tenus lors d’un direct sur TikTok et jugés diffamatoires à l’égard de l’artiste, la chroniqueuse a vu son procès franchir une nouvelle étape. Après les réquisitions du parquet, ses avocats ont plaidé pour son acquittement pur et simple, contestant aussi bien les infractions retenues que certains aspects de la procédure.

Une séquence TikTok au centre des débats

Au cours de l’audience, le ministère public a projeté, à partir de son ordinateur, la séquence du direct TikTok à l’origine des poursuites. Cet élément a été examiné dans le cadre des débats contradictoires entre l’accusation et la défense.

Les poursuites concernent des propos attribués à Virginie Manganga, notamment au sujet de la vie privée de Fally Ipupa. La défense conteste toutefois l’interprétation qui en est faite et soutient que les déclarations reprochées à sa cliente ne correspondent pas à ce qui ressort de la séquence visionnée à l’audience.

La défense conteste la qualification des faits

Les avocats de la chroniqueuse ont notamment soulevé une question relative à la qualification juridique des faits. Selon eux, le ministère public aurait modifié son approche en présentant désormais leur cliente comme complice plutôt que comme auteure principale des faits poursuivis.

« Le ministère public aujourd’hui, après avoir été acculé, change de version pour dire qu’elle ne la poursuit pas comme auteur, mais comme complice », a déclaré l’un des avocats de la défense.

Cette évolution alléguée est contestée par les conseils de Virginie Manganga, qui estiment qu’elle soulève des interrogations sur la cohérence de l’accusation et sur les éléments permettant d’établir la responsabilité pénale de leur cliente.

La défense remet également en question la disposition légale invoquée par le parquet. Elle estime que l’accusation aurait dû se référer à l’article 260 du Code du numérique plutôt qu’à l’article 259 mentionné dans la procédure.

L’accusation de harcèlement également contestée

Un autre point de désaccord concerne l’infraction de harcèlement. Les avocats de Virginie Manganga soutiennent que leur cliente n’a ni enregistré à nouveau ni rediffusé la séquence incriminée après son direct sur TikTok.

Selon leur argumentation, l’absence de rediffusion ne permettrait pas de retenir le caractère continu nécessaire à la caractérisation du harcèlement dans les circonstances de cette affaire.

Ces arguments constituent la position de la défense. Leur bien-fondé juridique devra être apprécié par le tribunal au moment de rendre sa décision.

Deux ONG réclament chacune 50 000 dollars

L’affaire comporte également un volet civil. Deux organisations non gouvernementales se sont constituées parties civiles et réclament chacune 50 000 dollars américains à titre de dommages et intérêts.

La défense conteste leur qualité juridique pour intervenir dans cette procédure. Elle estime que la régularité de leur constitution en parties civiles doit être examinée au regard des exigences légales applicables.

Le tribunal devra apprécier ces contestations ainsi que les demandes de réparation formulées par les organisations concernées.

Le tribunal met l’affaire en délibéré

Après avoir entendu les réquisitions du ministère public, les arguments de la défense et les prétentions des parties civiles, le Tribunal de paix de Kinshasa/Gombe s’est estimé suffisamment éclairé et a pris l’affaire en délibéré.

Le jugement est attendu dans un délai de cinq jours, selon les informations communiquées sur le déroulement de l’audience.

En attendant le verdict, Virginie Manganga bénéficie de la présomption d’innocence. Les six mois de servitude pénale requis par le ministère public constituent une peine demandée par l’accusation et non une condamnation prononcée par le tribunal.

L’issue de cette affaire sera suivie de près, tant en raison de la notoriété de Fally Ipupa que des questions relatives à la liberté d’expression, à la responsabilité des chroniqueurs et à la protection de la vie privée dans l’espace numérique congolais.

À ce stade, seule la décision du tribunal permettra de connaître l’issue judiciaire de cette affaire.

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