Mazembe – Aigles du Congo : Kitenge et Tshimanga se répondent coup pour coup

Le ton est monté d’un cran entre Frédéric Kitenge Kikumba et Vidiye Tshimanga. Dans un Space live animé par Stanis Bujakera Tshiamala, les deux dirigeants ont croisé le fer sur le championnat, l’affaire Bingi Belo, les rapports avec le pouvoir et, plus largement, la gouvernance du football congolais.

Le football congolais n’a décidément pas fini de régler ses comptes en public. Après plusieurs passes d’armes par déclarations interposées, Frédéric Kitenge Kikumba, dirigeant du TP Mazembe, et Vidiye Tshimanga, président du FC Les Aigles du Congo, se sont livrés à une confrontation verbale particulièrement musclée.

Au cœur de leur affrontement : le championnat 2024-2025, la FECOFA, l’affaire Bingi Belo, mais aussi la question récurrente de l’influence politique dans le football.

Kitenge brandit une correspondance de la FIFA
Frédéric Kitenge Kikumba est d’abord revenu sur le championnat 2024-2025. Le dirigeant de Mazembe affirme que la FIFA a demandé à la FECOFA de reprendre la compétition.

Une correspondance dont il assure détenir la preuve et que, selon lui, Vidiye Tshimanga connaîtrait également.

« Je n’invente pas », insiste Kitenge, qui se dit disposé à transmettre le document.

Son raisonnement est sans détour : la FECOFA ne disposerait plus du temps matériel nécessaire pour reprendre et achever le championnat dans les conditions prévues. Et si Mazembe décidait d’activer certaines procédures, les conséquences pourraient être lourdes, allant, selon son interprétation, jusqu’à l’annulation du championnat et au retrait du titre.

Une déclaration qui place la FECOFA devant une question particulièrement sensible : celle de la régularité de la compétition et de la portée des éventuelles instructions de la FIFA.

« Qu’il regarde dans sa propre assiette »
La réponse de Kitenge ne s’est pas limitée au terrain administratif.
S’adressant directement à Vidiye Tshimanga, il l’a invité à s’occuper davantage de son club plutôt que de commenter les affaires des autres.

« Qu’il regarde dans sa propre assiette au lieu de jeter un coup d’œil sur celle du voisin », lance-t-il.

Kitenge reconnaît toutefois l’énergie déployée par le président des Aigles et les moyens engagés dans le développement du club. Mais il lui demande « un peu de modestie », estimant que la critique est légitime, contrairement au dénigrement.

Tshimanga : « Cela fait quatre ans que je n’occupe aucune fonction »
Vidiye Tshimanga refuse, lui, d’être présenté comme un homme bénéficiant actuellement des réseaux du pouvoir.

L’ancien conseiller spécial du chef de l’État rappelle qu’il n’a occupé cette fonction que de 2019 à 2022.

« Cela fait quatre ans que je n’occupe aucune fonction au sein du pouvoir », affirme-t-il.

Il assure également que son parti ne dispose quasiment d’aucun représentant au gouvernement et récuse donc toute accusation de favoritisme politique.

Pour Tshimanga, le meilleur argument reste le terrain : le TP Mazembe, qu’il associe politiquement à l’opposition, a remporté le championnat sans avoir été, selon lui, empêché de poursuivre son activité.

Les « 16 millions de dollars » de Mazembe
Kitenge retourne alors l’accusation.
Le dirigeant de Mazembe dénonce ce qu’il considère comme une contradiction dans le discours sur les supposées protections politiques dont bénéficieraient certains clubs.

« Quand on dit que le TP Mazembe a infiltré les arcanes du football congolais, vous savez très bien à quel point le TP Mazembe est écarté de beaucoup de choses », affirme-t-il.

Il assure que le club attend toujours le paiement de près de 16 millions de dollars que l’État congolais lui devrait.
Et de citer un autre épisode : le déplacement des Aigles au Rwanda, dont le financement d’un avion par le ministre des Transports est présenté par Kitenge comme un exemple du traitement réservé aux deux clubs.

« Le respect va dans un sens comme dans l’autre »
La riposte de Tshimanga est immédiate.
« Le respect va dans un sens comme dans l’autre », répond-il.

Le président des Aigles affirme avoir été traité à plusieurs reprises de « perroquet » par Kitenge. Il considère donc ses propres propos comme une réponse à des attaques préalables.

Il prend cependant soin de dissocier le club de son dirigeant.
« Je ne parle pas du TP Mazembe, je parle de Frédéric Kitenge », précise-t-il.

Tshimanga reproche notamment à Kitenge d’avoir affiché une attitude « taquine et narquoise » après l’élimination des Aigles par une équipe rwandaise.

La querelle prend alors une tournure plus juridique. Tshimanga évoque le Tribunal arbitral du sport et lance à son interlocuteur :
« J’aimerais bien qu’il ait la même verve oratoire au prochain rendez-vous. »

Bingi Belo : Tshimanga ne veut pas s’arrêter là
Autre front ouvert : l’affaire Bingi Belo.
Le rejet de la réclamation des Aigles par la FECOFA ne passe pas auprès de Vidiye Tshimanga.
Il qualifie la décision de « quelque peu humoristique » et annonce une suite à la procédure.
« Nous irons jusqu’au bout de nos convictions », assure-t-il.

Mais c’est surtout la question d’une nouvelle commission des recours qui provoque son courroux.
Selon Tshimanga, la création d’un nouvel organe en cours de procédure reviendrait à modifier les règles après le début du match.

« C’est comme si, après la cassation, on décidait de créer un nouveau recours au-dessus. On change les règles pendant le jeu », dénonce-t-il.

Il juge cette démarche « soit ridicule, soit complètement illégale ».

Tshimanga met en garde contre le mélange politique-football
Au-delà de sa propre situation, le président des Aigles livre sa lecture du rapport entre politique et football.

Pour lui, l’engagement d’un responsable politique dans un club peut être bénéfique lorsqu’il repose sur une véritable passion. Le danger apparaît lorsque le club devient un outil électoral ou un instrument de visibilité personnelle.

Dans ce cas, estime-t-il, le départ du dirigeant peut précipiter la chute de l’équipe.
Tshimanga cite notamment Sanga Balende, dont il estime que les performances ont décliné après le départ de son ancien dirigeant politique.

À l’inverse, il présente le général « Tango Four » à Maniema Union et Moïse Katumbi au TP Mazembe comme des dirigeants dont l’engagement dépasse, selon lui, les considérations liées à l’exercice du pouvoir.
Sa conclusion est catégorique : « Mêler politique et football, ce n’est pas bien, point. »

Une bataille qui pourrait se poursuivre devant les instances
Derrière les invectives, l’affrontement entre les deux hommes révèle surtout les profondes tensions qui traversent actuellement le football congolais.

Le championnat, la légitimité des décisions de la FECOFA, l’affaire Bingi Belo, les rapports entre clubs et pouvoir politique et les contentieux financiers sont désormais mêlés dans une même bataille.

Kitenge assure disposer d’éléments susceptibles de remettre en cause certaines décisions liées au championnat. Tshimanga, de son côté, promet de poursuivre les recours engagés par les Aigles.

Après les mots, place désormais aux actes. Les prochaines décisions de la FECOFA et, le cas échéant, des instances sportives compétentes permettront de départager les positions des deux camps.

Blog

Laisser un commentaire