Le Dr Hervé Mutinzumu alerte sur « Mpuku amemi congélateur », une préparation médicamenteuse prisée par des jeunes
Une préparation médicamenteuse communément appelée « Mpuku amemi congélateur » suscite l’inquiétude du Dr Hervé Mutinzumu Nansua. Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre, au ministre de la Santé publique ainsi qu’aux autorités sanitaires, le médecin appelle à une enquête urgente sur ce phénomène qui toucherait notamment les jeunes.
Une préparation dont la composition inquiète
Selon les informations rapportées au médecin, la préparation connue sous le nom de « Mpuku amemi congélateur » serait composée d’un mélange de diazépam, tramadol, cyproheptadine, prométhazine et d’un autre produit dont la nature exacte reste à déterminer.
Pour le Dr Hervé Mutinzumu, cette composition doit impérativement être vérifiée par des analyses pharmaceutiques et toxicologiques, afin de déterminer précisément les substances utilisées, leurs concentrations et les éventuelles associations présentes.
« Il ne s’agit pas ici de simples produits anodins », souligne le médecin, rappelant que ces médicaments, lorsqu’ils sont utilisés sans indication médicale, à des doses inappropriées ou associés entre eux, peuvent entraîner des complications graves.
Des médicaments aux effets potentiellement dangereux
Le diazépam, une benzodiazépine, agit sur le système nerveux central et peut provoquer une forte somnolence, une diminution de la vigilance, des troubles de la mémoire et de la coordination. Une consommation répétée et abusive peut également conduire à une dépendance et à des difficultés lors du sevrage.
La prométhazine, connue notamment pour ses propriétés antihistaminiques, possède elle aussi un effet sédatif susceptible d’altérer la vigilance et la coordination.
La cyproheptadine, également antihistaminique, peut provoquer une somnolence et une baisse de la vigilance, particulièrement lorsqu’elle est consommée de manière inappropriée.
Le tramadol, quant à lui, constitue l’un des principaux sujets d’inquiétude. Cet antalgique opioïde peut entraîner une dépendance et une tolérance. Une consommation excessive peut provoquer des troubles de la conscience et, dans les cas sévères, une dépression respiratoire.
Le médecin souligne également le risque de convulsions, notamment en cas de surdosage ou d’associations médicamenteuses inappropriées.
Le mélange, un facteur aggravant
Au-delà des risques propres à chaque médicament, c’est surtout leur association qui préoccupe le Dr Mutinzumu.
La combinaison de plusieurs substances ayant des effets sédatifs ou dépresseurs du système nerveux central pourrait entraîner une altération importante de la vigilance, de la coordination et du jugement.
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux et montrant certains consommateurs de ce mélange alimentent également les inquiétudes autour de cette pratique, estime le médecin.
Une menace qui dépasse l’intoxication aiguë
Pour le Dr Hervé Mutinzumu, le problème ne se limite pas aux risques immédiats d’une intoxication.
Chez les jeunes, une consommation répétée et abusive de ces médicaments pourrait favoriser l’installation d’une dépendance, avec des conséquences sur la scolarité, la vie familiale et l’insertion sociale.
Parmi les conséquences potentielles évoquées figurent notamment :
- une diminution de la concentration et des capacités d’apprentissage ;
- des troubles de la mémoire et de la vigilance ;
- une altération du jugement et de la prise de décision ;
- des troubles du comportement ;
- une dépendance et des difficultés de sevrage ;
- des accidents liés à la diminution de la vigilance et de la coordination ;
- et, dans les situations les plus graves, le décès.
« Pour un jeune en âge scolaire ou universitaire, les conséquences peuvent devenir rapidement sociales », avertit le médecin, citant notamment l’échec ou l’abandon scolaire, les conflits familiaux, les violences, les accidents et la rupture du projet de vie.
« Nous ne devons pas attendre le décès pour réagir »
Face à cette situation, le Dr Mutinzumu appelle les autorités congolaises à considérer la circulation de cette préparation comme un signal d’alerte de santé publique.
Il demande notamment la mise en place d’une investigation sanitaire et épidémiologique afin d’établir l’ampleur réelle du phénomène, les populations concernées et les éventuelles complications déjà enregistrées.
Le médecin préconise également une analyse toxicologique et pharmaceutique des produits vendus ou présentés sous l’appellation « Mpuku amemi congélateur ».
Un appel à renforcer la surveillance des médicaments
Dans sa lettre ouverte, le Dr Mutinzumu appelle également au renforcement de la surveillance du détournement des médicaments à des fins récréatives.
Il recommande notamment :
- des campagnes de sensibilisation ciblées dans les écoles, universités et communautés ;
- une information des parents et des éducateurs sur les signes d’intoxication et de dépendance ;
- le renforcement des capacités des structures sanitaires dans la prise en charge des intoxications médicamenteuses et des troubles liés à l’usage de substances ;
- une collaboration accrue entre les autorités sanitaires, les instances de réglementation pharmaceutique, les professionnels de santé, les établissements d’enseignement et les communautés.
« Notre jeunesse ne doit pas devenir le laboratoire d’une nouvelle forme de toxicomanie »
Dans sa démarche, le médecin insiste sur le caractère préventif de son message.
« Cette lettre n’est pas une accusation de la jeunesse. Elle est un appel à la prévention, la vigilance et l’action », écrit-il, appelant les autorités à agir avant que cette pratique ne prenne une ampleur plus importante.
Il demande ainsi à la Première ministre, cheffe du gouvernement, d’accorder une attention particulière à cette alerte et d’instruire les investigations nécessaires afin de permettre aux autorités sanitaires de déterminer la nature exacte du phénomène et de prendre les mesures appropriées.
Pour le Dr Hervé Mutinzumu Nansua, la lutte contre l’usage abusif des médicaments chez les jeunes constitue un enjeu majeur de santé publique et de protection du capital humain de la République démocratique du Congo.




