Kermesse 243 : Clash Bill Clinton–Jamaïque, pourquoi Werrason ne devrait pas être tenu responsable de la polémique
Une séquence pour le moins électrique a marqué la Kermesse 243, opposant sur scène Bill Clinton Kalonji à Jamaïque, animateur de Wenge Musica Maison Mère. Alors que les commentaires se multiplient sur les réseaux sociaux et dans le milieu musical congolais, une relecture de la scène permet de replacer les faits dans leur contexte.
Werrason voulait-il justement éviter les tensions ?
Avant l’incident, Werrason avait cédé son micro à Bill Clinton Kalonji et lui avait laissé l’espace afin qu’il puisse poursuivre l’animation du concert.
S’adressant à son ancien animateur, Werrason lui demandait notamment de mettre son expérience au service des plus jeunes présents sur scène :
« Bill na tikeli yo espace, sala batu plaisir… yo oza mbiaka, oza ancien, oza na expérience, oza na formation… mais il faut opesa bango mwa force. »
Bill Clinton lui répondra simplement : « Pas de quoi. »
Werrason poursuivra dans le même esprit, en demandant à Bill Clinton de donner « un peu de sauce » aux jeunes artistes présents sur le podium, avant d’annoncer qu’il allait descendre de scène pour profiter du spectacle comme un simple fanatique.
À ce moment-là, rien ne semblait annoncer l’incident qui allait suivre.
Bill Clinton commence à solliciter les animateurs
Une fois aux commandes, Bill Clinton commence à tester les animateurs présents sur le podium, notamment Wasabo. Il lui attribue même un nouveau nom d’animation, « Tshikumbusi », et lui remet 100 dollars après une prestation.
Mais la situation devient progressivement plus tendue lorsque Bill Clinton cherche à faire intervenir d’autres animateurs et s’interroge notamment sur l’absence de certains d’entre eux.
C’est dans cette séquence que la question de Jamaïque va progressivement prendre de l’importance.
Alors que Jamaïque n’était pas initialement sur le podium avec Bill Clinton, ce dernier insiste pour qu’il monte sur scène.
Jamaïque finit par monter sur le podium. Mais avant de participer à l’animation, il demande à récupérer le micro que Bill Clinton avait en main.
« Avant na banda, il faut nazua kaka micro oyo yo oza na ngo »
La réponse de Bill Clinton est immédiate :
« Yo kaka micro… toi tu es trop impoli. »
Bill Clinton va également rappeler à Jamaïque qu’il le connaissait depuis longtemps, notamment lorsqu’il l’avait rencontré à Kisangani.
La tension monte alors devant le public.
Selon les images de la séquence, Jamaïque ne semblait pourtant pas être venu provoquer Bill Clinton : il se trouvait initialement en dehors du podium et n’avait pas cherché à s’imposer dans l’espace laissé par Werrason.
Jamaïque était-il réellement « impoli » ?
C’est précisément à ce niveau que les interprétations divergent.
Une partie du public et de nombreux internautes ont immédiatement condamné Jamaïque, estimant qu’il aurait manqué de respect à Bill Clinton, présenté comme un ancien de Wenge Musica Maison Mère.
Mais réduire la scène à une simple « impolitesse » de Jamaïque pourrait être une lecture trop rapide de l’incident.
Le contexte montre que Werrason avait lui-même confié le podium à Bill Clinton, tout en lui demandant explicitement de considérer les jeunes animateurs comme ses « petits » et de leur apporter son expérience.
Jamaïque, de son côté, n’était pas présent sur le podium au départ. C’est après l’insistance de Bill Clinton qu’il y est monté.
Dès lors, la question mérite d’être posée : Jamaïque cherchait-il réellement la confrontation ou répondait-il simplement à une situation qui lui avait été imposée sur scène ?
Le rôle délicat de Werrason
Au milieu de cette situation, Werrason se retrouve dans une position particulièrement délicate.
D’un côté, Bill Clinton est un ancien de la maison, avec une histoire et une expérience importantes au sein de Wenge Musica Maison Mère. De l’autre, Jamaïque fait partie de la génération actuelle des animateurs de Werrason.
Werrason avait d’ailleurs clairement donné le ton avant de quitter le podium : il demandait à Bill Clinton de transmettre son expérience aux plus jeunes et de leur donner de la force.
Dans ces conditions, fallait-il réellement tenir Werrason pour responsable de l’affrontement ?
Il est difficile de lui reprocher d’avoir voulu réunir les générations autour d’une même scène. Le problème semble plutôt être né de la manière dont l’interaction entre les différents animateurs a évolué une fois Bill Clinton aux commandes.
Une scène qui ne devrait pas effacer le respect entre générations
La musique congolaise repose aussi sur une importante transmission entre générations. Les anciens ont leur expérience, leur histoire et leur influence ; les plus jeunes ont leur propre identité et cherchent à se faire une place.
La scène de la Kermesse 243 rappelle toutefois qu’une rencontre entre deux générations peut rapidement devenir électrique lorsque les limites ne sont plus clairement définies.
Avant de qualifier définitivement Jamaïque d’« impoli », il serait donc préférable de regarder l’intégralité de la séquence, et non uniquement le moment où la tension éclate.
La vidéo montre notamment que Jamaïque n’était pas initialement sur le podium et que Bill Clinton avait insisté pour le faire venir. Elle permet ainsi de nuancer une affaire qui, sur les réseaux sociaux, a rapidement été résumée à un simple manque de respect envers un ancien de Wenge Maison Mère.
Au final, Werrason avait-il réellement intérêt à intervenir davantage ? Probablement pas, tant il se trouvait entre deux générations qu’il considère comme faisant partie de sa famille artistique.
La polémique autour de cette séquence devrait surtout inviter à regarder les faits dans leur ensemble : Bill Clinton, Jamaïque et Werrason ont chacun une histoire différente avec Wenge Musica Maison Mère, et une scène de quelques minutes ne suffit pas nécessairement à résumer leurs rapports.
La séquence, elle, continuera sans doute à alimenter les débats parmi les mélomanes congolais.

