66 ans de l’indépendance : Denis Mukwege adresse une lettre critique à Félix Tshisekedi sur la gouvernance et la sécurité en RDC
À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a rendu publique une lettre ouverte adressée au président Félix Tshisekedi. Dans ce document, le médecin congolais dresse un bilan sévère de la gouvernance politique, diplomatique et sécuritaire du pays depuis l’arrivée de Tshisekedi au pouvoir en 2019.
Des espoirs déçus après l’alternance politique
Denis Mukwege rappelle avoir accueilli avec satisfaction la fin du régime de Joseph Kabila, espérant qu’une nouvelle ère s’ouvrirait pour la RDC. Toutefois, il estime que les attentes suscitées par cette alternance n’ont pas été concrétisées.
Le Prix Nobel affirme notamment avoir attendu, sans résultat, la mise en œuvre des engagements du chef de l’État en faveur de la justice transitionnelle, notamment la création d’un Tribunal pénal spécial chargé de juger les crimes commis en RDC, y compris ceux documentés dans le Rapport Mapping des Nations unies.
Critiques sur l’état de siège et la gestion sécuritaire
Dans sa lettre, Denis Mukwege remet également en question l’instauration de l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu. Selon lui, la nomination de gouverneurs militaires dont certains seraient cités dans le Rapport Mapping de l’ONU ne favorisait pas l’efficacité de cette mesure.
Le gynécologue critique également les accords de coopération sécuritaire conclus avec le Burundi et l’Ouganda. Il affirme avoir mis en garde contre une politique qu’il qualifie d’« externalisation de la sécurité nationale », estimant qu’elle risquait de renforcer l’instabilité au lieu d’y mettre fin.
Une diplomatie jugée dispersée
Denis Mukwege estime que la résurgence de la rébellion du M23 a été suivie d’une multiplication d’initiatives diplomatiques menées sans coordination suffisante. Il cite notamment les processus impliquant la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la SADC, l’Union africaine, les médiations de Luanda, Doha et Washington.
Selon lui, cette succession de démarches aurait créé davantage de confusion que de solutions durables au conflit.
Il critique également l’adhésion de la RDC à la Communauté d’Afrique de l’Est, estimant que plusieurs États membres privilégient leurs intérêts économiques et géostratégiques en RDC plutôt que la protection des populations civiles.
Des réserves sur le processus de Nairobi et le retrait de la MONUSCO
Dans son analyse, Mukwege estime que le processus de Nairobi, suivi par les discussions de Doha, a contribué à présenter le conflit dans l’Est comme une crise interne, alors qu’il considère qu’il s’agit d’une agression à dimension internationale.
Le Prix Nobel revient également sur la pression exercée en faveur du retrait accéléré de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), une décision qu’il juge préoccupante au regard de la situation sécuritaire persistante.
Appel à une réforme du secteur de la sécurité
Enfin, Denis Mukwege regrette que les recommandations de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région, notamment en matière de réforme du secteur de la sécurité, n’aient pas été pleinement appliquées.
Selon lui, l’absence de restructuration des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les insuffisances de la gouvernance sécuritaire ont contribué à l’aggravation de la crise sécuritaire, humanitaire, politique et diplomatique que traverse actuellement le pays.
À travers cette lettre, Denis Mukwege appelle les autorités congolaises à tirer les leçons des erreurs passées et à engager des réformes profondes afin de restaurer durablement la paix, la sécurité et la confiance des citoyens dans les institutions de la République.

